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Pourquoi le luxe "à la française"


Je ne sais pas toi mais pour moi quand on parle de luxe à la française, je pense Haute Couture, défilés incroyables, maroquinerie sublime, cuirs de prestige ou joaillerie.

Mais en fait, en y regardant de plus près, c’est plutôt l'Art de vivre à la française qui a fait rayonner notre pays au point où 

les étranger pensent que tous les parisiens sont habillés en haute couture et mangent dans des assiettes de porcelaine fine 🙄...

Et leur pensée d’après est que nous sommes désagréables et que l’on utilise le parfum pour cacher le fait de ne pas de laver… Oups, je m’emballe un peu 😊.

Tout ça pour dire que j’ai appris plein de choses en regardant le superbe reportage d’Arte sur la naissance du luxe en France et j’ai eu envie d’en savoir un peu plus...

C’est Louis XIV, mais surtout son ministre Colbert qui mettent en place les jalons de ce que l’on appelle maintenant le luxe à la française.

Comme quoi, le Roi Soleil a su modifier la France en profondeur et l’influence de sa politique a encore des conséquences sur le monde tel que nous le connaissons.

En bref, il a quand même fait soudoyer bon nombre d’artisans et aussi fait voler pas mal de secrets de fabrication de ce que l’on considère maintenant comme “de tradition française”.

Parce que non, les français ne savaient pas faire de miroirs, de porcelaines et les tissus “Made in France” de l'époque étaient plus que grossiers.

Au début du 17ème siècle, les plus beaux tissus sont faits en Hollande et en Espagne (puis en Angleterre), les plus belles porcelaines en Chine, les plus beaux miroirs à Venise…

Et pendant 130 ans, la France va chercher à acquérir les savoirs-faire qu’elle n’a pas, quitte à les voler.

C’est très pragmatique comme réflexion, les caisses de l'État sont vides. La France reste un pays essentiellement agricole et importe 2 fois plus qu'elle n’exporte.

Tout cela parce que la noblesse dépense des fortunes pour les produits de luxe soit près d’un ¼ des revenus de l'État.
 

Il faut dire aussi qu’un seul miroir de 1,2m coûtait le prix d’un château.

Il fallait parfois économiser 10 ans pour pouvoir s'acheter une tasse à chocolat et 600 Dragons (hommes et chevaux) auraient été échangés contre 151 porcelaines de Chine (dont des monumentales, mais quand même...)

Comme la technique française permet de produire uniquement des miroirs de 10-20cm, l'évêque de Bonzy n’hésite pas à soudoyer et à exfiltrer des maîtres verriers à Murano vers 1665. La France leur offre de gros avantages financiers et des titres.

Charlie danger


On installe la manufacture des glaces Faubourg St Antoine mais les maîtres italiens ne révèlent pas leurs méthodes aux français.

Et Venise tente par tous les moyens de les arrêter, quitte à les faire empoisonner…

Louis XIV joue un bluff avec la Galerie des Glaces de Versailles qui laisse à penser que les français ont acquis le savoir-faire italien alors que si l’on regarde de plus près elle est constituée uniquement de miroirs moyens.

Mais l’accumulation des 21 glaces qui constituent chacune des 17 arcades est tellement impressionnante et innovante que les gens qui ont la chance de les découvrir s’y laissent prendre.

Darwin


C’est 1720 que les français arriveront à développer leur propre technique de coulage du verre sur des plaques en métal pour fabriquer les miroirs qui peuvent aller jusqu’à 3m, ouf, il était temps…

La France devient donc précurseur sur le domaine, et de 1 !

Même principe pour les porcelaines mais ce sont les religieux missionnaires auxquels on demande de trouver et de décrire les méthodes de production des chinois…

C'est vrai qu’un européen aurait du mal à passer inaperçu dans d'autres circonstances...

Les recherches sont compliquées et les français sont rapidement dépassés par les allemands.

Ce n’est après la découverte près de Limoges (par un fossoyeur😲) d’une pierre blanche qu’un apothicaire a supposé être du kaolin que les choses s'améliorent.

Comme entre-temps les français avaient misé sur le développement des couleurs et des motifs, c'est l'essor de la manufacture de Sèvres.

Et de 2!

Et c’est peut-être la partie la plus stratégique du développement du luxe qui devient l’Art de vivre à la française.

La France n’exporte pas seulement des porcelaines décoratives mais surtout des services de table. Et tout ce que cela implique.

Les nobles des différentes cours européennes parlent français, mangent comme en France, et finissent par suivre l’intégralité des modes françaises.

Notre pays devient alors prescripteur de bon goût (ou pas selon les modes 😉)

Le dernier domaine stratégique de Louis XIV et Colbert est le tissu ou les draps selon le terme de l’époque.

La Hollande est sans aucun doute le pays le plus avancé dans le domaine et les nobles français se fournissent en majorité dans ce pays.

La fuite des devises de ce côté continue. La production y est mieux organisée, plus concentrée et la qualité est meilleure.

Colbert va encore une fois débaucher un des maîtres qui saura enseigner les techniques en France. C’est ainsi que Josse van Robais va s’installer à Abbeville en 1665 avec ses 50 ouvriers et ses 30 machines.

D’autre part, pour améliorer la qualité il faut pouvoir la mesurer. Le 13 août 1669 Colbert édite une série d'ordonnances concernant le textile. Mais comment assurer constance et qualité sans unité des poids et mesures??!!

Il faut alors mesurer le nombre de fils, la qualité de ces fils et les tissus répondant à ces normes sont poinçonnés. Mais c’est complètement insuffisant!

Malgré un développement des soieries de Lyon, des dentelles d’Alençon ou d’Auxerre, les français restent à la traîne alors ils ont l’idée de se démarquer en travaillant sur les couleurs (comme pour la porcelaine) et les teintures.


Louis XV prend le relais et fait stimuler l’innovation.

Les idées sont collectées dans les manufactures des régions par les envoyés du bureau du commerce, testées et transcrites dans des traités puis l’information est redistribuée par les mêmes voies.

C’est astucieux et efficace! On commence aussi à tenir compte des goûts et des moyens des consommateurs. Le marché s’ouvre à tous types de draps selon l’usage que l’on veut en faire et le tarif recherché.

“Le goût du consommateur est un torrent qu’il faut suivre” (1771) D’autre part, la mode comme nous la connaissons maintenant fait son entrée avec Marie-Antoinette. 

Et surtout la première styliste personnelle de l’histoire : Rose Bertin.

Tout le monde est concerné: les bourgeois imitent les nobles qui imitent le couple royal.

A la fin des années 1780, la boutique de Rose Bertin et les marchands merciers de la rue Saint Honoré sont des étapes incontournables de la bourgeoisie de toute l’Europe et préfigurent l’excellence de la Haute couture française.



Puis arrive la révolution française qui met un frein au développement du Luxe puisque c’est le “mal de la société” selon Fénélon.

Elle ne détruit pas le savoir-faire, mais les artisans n’ont plus vraiment de clients pour leurs produits.

Les manufactures royales, ayant perdu leurs privilèges, doivent se réorienter vers des productions moins nobles pour survivre.

Le luxe en France est né sous Louis XIV mais c’est sous le Second Empire que l’on voit apparaître des marques telles que Cartier (1847), Hermès (1837) ou Vuitton (1854).

La bourgeoisie a supplanté la noblesse et revendique le droit au luxe. Après la révolution de Juillet 1830 qui décide de favoriser la « classe moyenne » naît la méritocratie.

C’est désormais l’artisan créateur qui dicte le goût, et non plus le client ; ce dernier se rend à l’atelier de l’artisan pour acquérir des produits déjà fabriqués ou pour demander une personnalisation. Cette tendance s’accélère après la guerre 14-18.

La dernière étape commence durant les années 1970. Certains artisans du luxe comme Louis Vuitton et Cartier, décident de mettre au point un tout nouveau modèle de gestion : «être à la fois le produit ordinaire de gens extraordinaires, et le produit extraordinaire de gens ordinaires ».  

Cette stratégie produit des résultats inespérés : le chiffre d’affaires de Louis Vuitton en 1977 était de l’ordre de 10 millions d’euros… et il a dépassé les 10 milliards d’euros en 2018.

La grandeur du luxe français renaît ainsi sur un marché mondial colossal et d’une stratégie originale et puissante.

En réalité, l’industrie du luxe en France est tellement développée et puissante grâce à des groupes comme Kering ou LVMH que l’on se demande encore pourquoi elle n’est pas citée comme une industrie dite clé… En tout cas, moins que l’automobile ou l’agriculture qui sont pourtant beaucoup moins puissants et plus fragiles.

En fait, il y aurait pu avoir une vraie cassure après la révolution mais les savoirs-faire ayant continué de se transmettre, ils ont été sauvegardés...

Serons- nous capables de faire la même chose??

Et de sauvegarder les méthodes de travail qui ont permis de maintenir la qualité des objets de luxe? Je pense que le rachat par les grands groupes des petites maisons du type de la broderie Lesage va vraiment dans ce sens...

Et toi? Qu'en penses-tu?

Bon week-end!

Amélie - 11 Décembre 2020

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