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Que savez-vous de Kenzo Takada, le créateur de la marque Kenzo ?


Le créateur de la marque Kenzo est décédé en début de semaine et je me suis rendue compte que si cette marque m’était très familière, je connaissais très peu son créateur. Alors j'ai voulu en savoir plus sur cet homme et son parcours.

Si cela vous tente, cet article se lit en 3-4 minutes.

Carnet rose: Kenzo Takada est né le 27 janvier 1939 à Himeji au Japon.

Enfant dans l’après guerre, il dessine en s’inspirant des films américains et des magazines de mode de ses soeurs, en cachette.

Venus de Willendorf


En effet, ses parents voient d’un très mauvais oeil cette passion pour les vêtements et le textile. Il suit donc un parcours scolaire classique (malgré sa dyslexie) et commence des études à l’université de Kobe en littérature. Études qu’il abandonne très rapidement pour tenter le Tokyo’s Bunka Fashion College en 1958 (tout juste ouvert aux garçons).

Kenzo travaille en tant qu’apprenti pour un peintre d’enseignes le jour et étudie la nuit pendant 6 mois pour y arriver. Sa mère réalise alors son degré d’engagement pour cette carrière et ses parents décident de financer l’école.

Il est inspiré par les créateurs français et notamment Yves Saint Laurent qu’il admire autant pour son travail chez Dior que sur sa propre griffe dès 1962.

Suite au conseil d’un de ses professeurs, il décide en 1965 de rejoindre Paris en bateau. Le voyage passe par Hong Kong, Singapour, Saigon, Colombo, Bombay, Djibouti, l'Egypte, l'Espagne, Marseille avant d’atteindre sa destination ultime : Paris.

Ce long voyage mettra dans ses yeux les couleurs, la diversité et le mixage qui déterminerons l’univers et l'identité de sa future marque.


Son arrivée à Paris un soir de 1er Janvier est une douche froide. La gare de Lyon lui semble “vieille, sale et noire”, la ville lugubre et sombre... Mais l'important était d'être là, dans la ville de ses rêves, la ville de la mode...

"Je suis venu pour six mois et je suis resté plus de cinquante ans dans cette ville qui m’a donné la liberté de créer", résume-t-il. Même s'il avouera en 2019 être resté profondément japonais malgré toutes ces années passées à Paris.

La vie est compliquée dans la ville lumière, Kenzo écrit à sa mère qu’il ne mange pas très bien même si le pain est délicieux et qu’il se baigne peu car le bain public est très cher. Il a aussi de grandes difficultées à communiquer à cause de sa timidité et de ses difficultées à apprendre le français (qu’il ne maîtrisera jamais complètement).

Il vit très modestement de la vente de ses dessins jusqu’au jour où il se présente chez Louis Perrault qui lui prend 5 dessins à 5 francs, ce qui lui semble énorme, puis au magazine Elle qui lui achète 10 croquis à 50 francs, ce qui lui paraît une fortune!

Enfin, après tant d'efforts, il intègre la marque Renoma en tant qu'assistant.

Cette expérience lui ouvre les portes de la jeunesse dorée et des fêtes de la capitale.


C’est en 1969 que Kenzo prend son envol et lance sa marque “Jungle Jap”. Il s’installe dans une petite boutique de la Galerie Vivienne qu’il repeint en copiant un tableau de jungle du Douanier Rousseau.

Il pose là les fondements de son état d’esprit et des valeurs de la marque. Il mélange son amour pour les kimonos comme pouvait en porter sa mère et les cotonnades japonaises avec les couleurs vives et une joie de vivre irrépressible… Il mixe ses inspirations de l’est et l’ouest avec pour résultat cette esthétique si particulière.

Au bout d’un mois il est repéré par le magazine Elle

qui place ses modèles en couverture ce qui lance sa marque.  Par contre, le nom doit changer pour "Kenzo",  le terme "Jap" étant trop péjoratif pour beaucoup...

Son travail est très différent de tout ce qui se fait en France dans les années 60, notamment par l’utilisation des couleurs dans les collections hiver.

"A l'époque, les textile synthétiques étaient à la mode à Paris et les vêtements étaient assez sombres. J'ai profité d'un retour au Japon pour y acheter des tissus colorés en coton", se souvient-il.


Kenzo restructure les kimonos, mélange les imprimés et les couleurs, il fait danser et rire les mannequins lors des défilés.

Il fait de sa marque et de sa vie une grande fête colorée, ethnique et nomade.

Il permet une forme de liberté aux femmes et dès le début des années 70. Il “invente” les gros pulls sur des leggings, les formes amples qui permettent au corps de bouger et d’être à l’aise et les imprimés de grandes fleurs très colorées.

En 1993, la marque intègre le groupe LVMH et après quelques années, il quitte sa propre griffe en 1999. Il ne se sent plus en phase avec les contraintes du monde de la mode et à 60 ans il estime que c’est le moment de prendre du temps pour voyager.

Pour Kenzo, “créer c’est donner du plaisir, du bonheur et la liberté d’être soi-même” et comme beaucoupe de créateurs révolutionnaires, il refuse d’être contraint par des tendances qui l’emprisonne et qui l’étouffent.

Son dernier défilé devant 4000 personnes est une ode à l’allégresse et à l’optimisme.

Mais ce départ est aussi lié au décès coup sur coup de son compagnon et de son associé de toujours. Kenzo est un grand romantique et remet tout sa vie en question, il vend sa splendide maison avec un jardin japonais dans le XIème et quitte le monde de la mode.


Evidemment, un créateur reste un créateur et Kenzo revient de voyage avec des projets plein la tête. Il développe des lignes de produits pour la maison dont une collaboration avec Roche Bobois et son canapé “Majong Sofa” complètement customisable et interchangeable à volonté. Il développe aussi des parfums avec la marque Avon qui cartonnent.

Kenzo impulse son style et sa créativité faite de couleurs, de joie et de liberté d’expression dans tous les domaines qu’il aborde et c’est rafraichissant!

Je savais que Kenzo Takada n’était plus le créateur de la marque Kenzo depuis de nombreuses années mais à vrai dire, je ne m’étais pas rendue compte qu’il avait autant marqué le monde de la mode grâce à enthousiasme et à sa créativité colorée…

Mon admiration pour le travail de ce grand romantique qui voyait la vie en couleurs n’en est que renforcée!

Amélie - 09 octobre 2020

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