Orkode













«Historiquement les femmes étaient plus rondes», 


je le croyais vraiment. A voir les tableaux et gravures anciennes, j’en étais persuadée, mais... 

A vrai dire, la notion de beauté au travers des âges est un mix entre la volonté de contrôler le corps des femmes et celle de les contenir dans leur condition de mères.

Les repères esthétiques balancent donc entre le désir de contrôler le corps et celui de respecter le naturel…

C’est quoi la beauté ?


La première représentation de femme connue date du paléolithique, elle est “biologique”. Cette statuette montre une femme avec seins, du ventre et des hanches charnues. C’est une Vénus fertile dont la beauté semble liée à sa capacité à enfanter.

En résumé, nous étions là pour perpétuer l’espèce, et basta... Il n’y a pas de notion de beauté à proprement parler.

Venus de Willendorf

La Vénus de Willendorf - 📸Matthias Kabel

Mais dès l’Antiquité,on observe (en Grèce ou en Egypte) que l’image du corps devient importante. Les femmes et les hommes sont indifféremment athlétiques, minces voire presque graciles, fermes et jeunes…

C’est une beauté adolescente plutôt svelte et longiligne.



Plus tard, au Moyen Age, la beauté féminine est vue comme un don de Dieu, plus uniquement liée au physique. La femme se doit d’être à la fois charnelle et evanescente.

Elle s’épile tout le corps, parfois même la racine des cheveux, pour être imberbe et ne pas ressembler à un animal… Elle a le ventre rebondi, un signe de fertilité, encore et toujours…

Elle est une vierge au teint diaphane qui ne se révèle pas, comme une apparition divine.

Enluminure La Reine Isabeau de Bavière qui reçoit l'Epître d'Othéa des mains de Christine de Pisan

Enluminure La Reine Isabeau de Bavière qui reçoit l'Epître d'Othéa des mains de Christine de Pisan

A la Renaissance,c’est l’ère du canon de beauté mathématique, il faut respecter les proportions “idéales”.
Les femmes sont à la fois célestes et charnelles c’est pourquoi elles sont souvent représentées en tant que Vénus (et nues). La femme idéale de la Renaissance est un peu ronde avec une poitrine généreuse. C’est un signe de bonne santé et de richesse.

La Naissance de Vénus, Sandro Botticelli (1485)

La Naissance de Vénus, Sandro Botticelli (1485)

A partir du XVIème siècle, on valorise les les partie les plus hautes du corps. Le visage bien symétrique et haut du buste qui sont plus proches du ciel (et donc de l’élévation vers Dieu?).
Le bas du corps n’a pas beaucoup d’importance et reste dissimulé sous de grandes jupes.

En opposition à cet idéal pur et chaste, les femmes sont représentées rondes et sensuelles, parfois nues, dans les tableaux des grands maîtres tel que Rubens.

Par la suite, le XVIIe siècle, est plus artificiel. Hommes et femmes de la noblesse se maquillent, se pomponnent… Ils vont jusqu’à redessiner leurs veines pour exagérer le côté “sang bleu” et à utiliser les “mouches” qui contrastent avec la blancheur de leur teint…

Dès cette époque la minceur s’apparente à la rectitude et à la capacité à se contrôler quand les rondeurs sont le symbole du relâchement moral…

La morale voulait donc que le “gros” soit moralement dissolu et faible 😮!




Je suppose que c’est à cette époque que naissent les stéréotypes sur la beauté.

Bonne nouvelle, petit break au XVIIIe siècle et avec l’arrivée des Lumières. Les gens commencent à se laver, mettent de côté une grande partie de leur maquillage et reviennent à plus de naturel. La beauté est plus quotidienne et moins dans l’artifice.

La noblesse en viendrait presque à envier les paysannes et leur bonne santé liée à leur vie au grand air. Mais pas trop quand même…

«La Révolution arrache les perruques enfarinées et ôte le rouge des visages. Elle bannit le fard, symbole de l’Ancien Régime, sous lequel les nobles se cachaient pour trahir le peuple»
selon Dominique Paquet.

L’éducation et le maintien sont valorisés. La femme est belle quand elle dégage une émotion et que son visage est expressif. Elle doit être plus naturelle et athlétique, le but ultime étant de faire des enfants et de élever.

Les formes sont donc plus maternelles et exagérées par l’usage du corset. Le corps devient une “machine” à entretenir et à réparer.

A partir du XIXe siècle deux types de femmes idéales s’opposent.

La femme maternelle toute en rondeur et en moelleux, pleine de vitalité. Son côté “maternant” est exagéré par les “faux-culs” qui amplifient hanches et fesses.

A l’opposé de cette femme pleine de vie et de santé, l’indolente, la femme souffrante, amaigrie, sensible et dépressive… Elle accentue son côté tragédienne en exagérant ses cernes ou/en dormant le moins possbile.

Kathleen Kelly par Tissot (1882)

Kathleen Kelly par Tissot (1882)

La beauté se veut naturelle mais elle est pensée et travaillée pour ressembler au naturel (ce point n’a pas beaucoup changé…) et on commence à parler de soin de la peau. Ce sont les balbutiements de l’industrie de la beauté et de la chirurgie esthétique!

Les stations balnéaires comme Biarritz se développent. Le lieu de villégiature favori de l’impératrice Eugénie propose des bains de mer qui obligent à se dénuder. Les femmes se regardent “en pied” et font attention à leur corps en entier. Les régimes alimentaires et l'expansion du port du corset permettent de maîtriser le corps.

Biarritz fin dix-neuvième siècle

Biarritz fin XIXème

Il faut galber les seins, resserrer la taille, marquer les hanches et avoir des jambes fines...




Les hommes font plus attention à s’habiller, ils arborent redingotes et hauts-de-forme. Ce sont les dandys.

La beauté n’est donc plus uniquement féminine!

Pendant la première guerre mondiale, les femmes ont occupé des postes jusque là réservé aux hommes. Elles sont plus minces, dynamiques, voire garçonnes et veulent être plus libres de leurs mouvements. Plus libres tout court...

Les cheveux et les jupes raccourcissent !

À l’inverse, après la Seconde Guerre Mondiale, les gens ont besoin de retrouver douceur, volupté et un côté plus maternant après toutes ces privations. L’idéal féminin diffusé à grande échelle par les magazines et les films est une femme plutôt ronde avec des seins et des hanches mis en valeur. La sublime Marylin Monroe est une icone de ces années d'après-guerre.

Le temps et les moyens de communications s’accélèrent, les modes aussi… Les 60’s à l’instar de Twiggy, sont des “brindilles” aux mensurations adolescentes... Pas de seins, pas de hanches, une peau hâlée, la minceur est incontournable pour pouvoir se pavaner en maillot sur les plages...

Epaules carrées, coupes de cheveux improbables, j’ai nommé les années 80… C’est l’apogée du contrôle et de l'uniformisation des corps. Pour être beau, il faut être grand, athlétique, rester jeune et imberbe. Les régimes alimentaires (parfois très fantaisistes) voient le jour et la chirurgie esthétique prend son envol. Le développement des logiciels de retouche photo donnent une image déformée et irréelle de la beauté.

L’idéal de beauté n’a pas toujours été la femme ronde.


Je me suis aperçue que dans les moments de grands changements, il y avait un retour vers la femme maternante qui est sans doute plus rassurante, tant en terme de douceur que d'espérance de survie de l’éspèce…

Que dans les moments de “conquête”, la femme était représentée comme plus dynamique, plus athlétique.

Mais comme il y a peu de représentations anciennes des femmes par des femmes. La beauté est celle qui est majoritairement vue au travers du regard des hommes, avec le biais que cela implique…

Quand les enfants disent de quelqu'un qu’il est beau, ils le font avec ce qu’ils ressentent de la personne pas uniquement de leur aspect.

Et c’est ça pour moi la vraie beauté… celle que l’on ressent, pas celle que l’on voit, peu importe les mensurations…

Amélie - 02 octobre 2020

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