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📸  Clem Onojeghuo

Esclaves de la fast-fashion?


Nous sommes esclaves de la fast-fashion et ce n’est même pas de notre faute… J’ai vu hier le reportage “à charge” contre Zara qui vient d’être diffusé sur Arte. Évidemment, ce type d’émission est là pour nous faire culpabiliser au maximum et nous laisser un sentiment de malaise.

Malgré cela, il y a tout de même une part de vérité dans toutes ces informations et je pense que nous ne pouvons presque pas lutter contre les sirènes de la fast-fashion, même si, comme moi, tu es du métier.

Les marques “parlent” à une partie de notre cerveau qui nous fait croire que le fait d'acheter des produits à très bas prix est une bonne chose. Cela nous donne l’impression de faire des économies et la rareté induite par le renouvellement continu des articles nous met dans un sentiment d'urgence émotionnelle.

C’est toute la stratégie des marques comme Zara, H&M, Boohoo, PrettyLittleThings...

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📸  Brina Blum

Même si les prix sont toujours plus bas, les ventes de vêtements devraient plus que doubler d’ici 2030. Cela donne le vertige sachant qu’elles sont déjà de 56 millions de tonnes par an (à 500g à peu près pour un pantalon, ça en fait des vêtements!)

Pendant très longtemps, l'achat de vêtements était un process long et coûteux.  

Il fallait choisir un patron, acheter le tissu et faire ou faire faire le modèle par une couturière. Le type de tenue et le fait de pouvoir en changer régulièrement était donc un marqueur de classe sociale.

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📸  Rio Lecatompessy


Puis le prêt à porter est arrivé et à sa suite la fast-fashion. L’idée de départ est très louable: offrir à tous des vêtements abordables et permettre aux gens d’en changer régulièrement.

Le problème c’est que ces marques ont bien étudié nos comportements et elles parlent directement à notre inconscient. Elles ont un taux de rotation des produits très important. En clair, là où une marque classique renouvelle les ¾ de son stock en 4 mois, les acteurs de la fast-fashion le font tous les mois.

C’est donc une réalité, si tu n’achètes pas le vêtement au moment où tu le vois, il ne sera probablement plus en stock la fois suivante… Ce qui te donne ce sentiment d’urgence à acheter et te donne l’impression (en plus) de faire une bonne affaire! 

Nos cerveaux sont donc ravis et nos porte-monnaies pas trop impactés, donc ça va... 

Nous n'économisons plus pendant des mois pour nous habiller mais en contrepartie, nous acceptons des tissus moins résistants et des finitions bas de gamme. Cela nous permet (et nous oblige à la fois) de changer souvent et d’éviter la monotonie, pourquoi pas.

Mais, si le coût financier est peu élevé, qu’en est-il du coût humain et sociétal? 

Parce qu’il ne faut pas se leurrer, rien de ce qui n’est proposé en fast-fashion n’est très éthique. Le temps de création est tellement rapide que ce n’est que de la copie, la production se fait dans des conditions inhumaines et largement sous-payées…

Il doit y avoir 7 points de différenciation entre un vêtement et sa copie pour ne pas pouvoir être qualifié de contrefaçon. Les stylistes de ces marques en sont bien conscients et ils sont encouragés à refaire ce qui existe déjà en enlevant tout ce qui peut augmenter le coût.

Avec l’ultra fast-fashion, on passe à un développement de produit en moins de 3 semaines, c’est incroyablement rapide et cela implique de fabriquer à très bas coût en Europe. Ce qui est le cas à Leicester en UK où un pôle d’ateliers s’est développé pour accompagner ces marques. C’est du “made in Europe” dont nous pouvons difficilement être fiers étant donné les conditions de travail ultra précaires des couturier(e)s qui travaillent pour moins de 4€ de l’heure.

L’autre volet de notre dépendance à la fast-fashion est la disponibilité. Parce que même en restant à la maison, nous pouvons être livrés dans la journée. J’en ai fait (j’avoue) l’expérience il y a peu et c’est bluffant. C’est presque comme aller en boutique!

Et là aussi, nous pouvons souligner les conditions de travail des livreurs, l’impact écologique que toutes ces livraisons induisent...

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📸  TheBlowUp

J’avoue que je suis moi aussi un peu “à charge” contre la fast-fashion parce que j’ai toujours l’impression de me faire avoir… Je sais pertinemment que c’est impossible de faire des robes ou des jupes à moins de 30€ en boutique mais je vais quand même en acheter… peut-être pas souvent, et en connaissance de cause, mais quand même…

La mode ne peut pas devenir durable ou éthique si nous ne nous faisons pas un peu violence en réduisant nos achats de mode. Et en faisant attention à leur provenance. 

Quel est ton avis là-dessus?

Amélie
 

Amélie - 5 Mars 2021

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